Menu Content/Inhalt
Autriche. Les conservateurs autrichiens mettent fin à la grande coalition
 

Sociaux-démocrates et conservateurs n’auront gouverné ensemble que 543 jours. Des élections anticipées devraient se tenir en septembre

 

 

« Cela suffit ! » Par ces mots, Wilhelm Molterer, vice-chancelier autrichien et ministre des finances a annoncé la fin de la grande coalition lundi. « Il n’est plus possible de faire du bon travail dans ce gouvernement », a-t-il ajouté. Après un an et demi de gouvernement prend fin une alliance dont le bilan est mince tant les blocages se sont accumulés dès le début.

 

La crise couvait depuis de longues semaines. C’est donc le parti populaire (ÖVP) qui a pris l’initiative d’y mettre un terme. Les raisons invoquées concernent la crise interne du SPÖ (les sociaux-démocrates) dont est issu le chancelier Alfred Gusenbauer, contesté dans ses propres rangs. A la mi-juin, il devait laisser la place de chef de parti à son ministre des transports Werner Faymann. Une dualité au sommet rare en Autriche qui ne semblait que provisoire, les rumeurs ayant donné Alfred Gusenbauer partant de la chancellerie, démissionné par son propre parti. Lundi, après réunion de son bureau politique, le SPÖ a accepté la tenue d’élections anticipées et le chancelier a aussitôt annoncé que Werner Faymann conduira la liste du parti.

 

Le dernier point d’accrochage entre les deux partis concerne la politique européenne. A la suite de son éviction à la tête du parti, Alfred Gusenbauer cosignait avec Werner Faymann une lettre parue dans l’influente Kronen Zeitung (3 millions de lecteurs dans un pays de 8 millions d’habitants) dans laquelle ils s’engageaient pour que les futurs traités européens soient soumis à référendum. Une initiative qui a pris de court et qui a provoqué la colère dans les rangs des conservateurs, estimant que la ligne gouvernementale était ainsi brisée. L’Autriche est le pays le plus eurosceptique, la population ne s’estime satisfaite de l’Union européenne qu’à 28%. Surfer sur la vague populiste et se ranger derrière la ligne éditoriale de la Kronen Zeitung qui mène une campagne anti-européenne dans ses colonnes, pourraient être la stratégie électorale du SPÖ. Le directeur de la publication de Kronen Zeitung, Hans Dichand, « faiseur de chancelier », pourrait faire campagne pour Werner Faymann. Ce dernier tenait d’ailleurs une chronique hebdomadaire dans le journal.

 

Les électeurs seront-ils convaincus par ce tournant ? Ou se contenteront-ils de voter pour ceux qui tiennent cette ligne anti-européenne ? Le parti d’extrême-droite FPÖ est crédité de 20% dans les sondages et pourrait redevenir la troisième force politique devant les Verts. Les deux partis au pouvoir ont déjà exclu hier une coalition avec le FPÖ ; une coalition avec les Verts paraît aujourd’hui mathématiquement irréalisable. Ne resterait alors que la solution de la grande coalition … et un retour à la paralysie actuelle ?  

 

 

 

BILAN

 

Le SPÖ n’a pu tenir deux de ses promesses de campagne : les Eurofighter ont été achetés, mais seulement 15 sur les 18 commandés, et il a dû renoncer à la suppression des droits d’inscription à l’université.

 

Quelques nouvelles lois :

-Le droit de vote à partir de 16 ans.

-La durée de la période législative passe de 4 à 5 ans.

-L’allocation de congé parental : choix entre trois modèles au lieu d’un seul.

-Education : nouveau modèle de collège à l’essai (il n’y a pas de collège unique en Autriche).

 

Les réformes principales en matière de santé, retraite, droit de la famille et d’impôts n’ont pu aboutir. En matière d’environnement, les discussions devaient se tenir en juillet.

 

 

 

Sandrine Fabre

 

© La Croix 25/11/2008